Guatemala

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La criminalisation de la protestation au Guatemala

Par Marie-Dominik Langlois et Karine Vanthuyne

Le Guatemala est un pays qui, malgré les Accords de paix conclus il y a plus de 20 ans, demeure profondément marqué par les inégalités structurelles à l’origine du conflit armé interne de 1960-1996, dont plus particulièrement le racisme systémique. Ce dernier touche les peuples autochtones (qui constituent entre 40-60% de la population selon les recensements) et les femmes autochtones des régions rurales en sont les plus affectées.

La criminalisation de la protestation – et plus spécialement celle ciblant la défense des droits des peuples autochtones – s’inscrit dans ce racisme systémique. Elle prend par ailleurs place dans le contexte du rétrécissement des espaces démocratiques post-conflit mis en œuvre, notamment, par un groupe de députés surnommé « le pacte des corrompus ». Ces derniers s’opposent à toute politique ou action allant à l’encontre du statu quo et pouvant mettre à mal leurs intérêts ou ceux de leurs alliés militaires, religieux, économiques (locaux et transnationaux) ou de l’élite traditionnelle. En ce sens, tout mouvement pour la justice sociale, environnementale ou dénonçant les violations graves de droits de la personne commises durant le conflit peut devenir la cible de réprimandes ou d’actes de répression et de criminalisation.

Depuis 2004, plusieurs organisations nationales (comme l’Unité de protection des défenseur-e-s des droits humains – Guatemala (UDEFEGUA), l’Association des avocats et notaires mayas, le Conseil des peuples mayas (CPO)) et internationales (comme Amnistie internationale, les Brigades de paix internationales, l’Organisation mondiale contre la torture ou la Commission interaméricaine des droits humains) documentent et dénoncent ce phénomène de la criminalisation de la protestation sociale au Guatemala. L’État et des employés de l’organisme judiciaire utilisent le code pénal pour fabriquer des accusations contre des personnes qui défendent des droits collectifs, en majorité des membres ou autorités de communautés autochtones, ou des acteurs s’opposant à des projets de développement extractif. On voit ici se cristalliser les tensions entre deux camps : d’un côté, celui où on défend les droits collectifs, dont celui au territoire et, de l’autre, où on défend la propriété privée, dont celle aux ressources.

Un autre phénomène particulier à la criminalisation de la protestation au Guatemala est celui de l’utilisation de la Loi contre le féminicide et les autres formes de violence contre la femme, par lequel on utilise le corps de femmes pour décourager la présence physique de mouvements sociaux et criminaliser des leaders communautaires, comme par exemple en les plaçant au premier rang des manifestations pro-entreprise ou comme agentes de sécurité de sites miniers.

This content has been updated on June 28, 2020.