Chile

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La criminalisation des attentes démocratiques révélée au grand jour depuis octobre 2019

Par Marie-Christine Doran

Souvent considéré comme un modèle des transitions démocratiques, le Chili constitue pourtant un cas majeur de criminalisation de la défense des droits. Comme le révélait dès 2011 la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et son Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme,  le Chili fait partie des 5 pays d’Amérique latine où la criminalisation de la défense des droits est la plus marquée.

Ce pays à la réputation souvent exemplaire, se révèle en fait incontournable pour l’analyse de la normalisation d’un certain héritage autoritaire, révélé au grand jour depuis les grandes manifestations #NoSon30PesosSon30Años (#Ce ne sont pas 30 pesos mais plutôt 30 ans!”). Aux cris de “Chile despertó !” (“le Chili s’est réveillé!”), débutent ainsi en octobre 2019 d’immenses manifestations, suivant des marches et actions étudiantes pour protester contre l’augmentation du prix des billets de métro de 30 pesos.

Les manifestations, d’une ampleur jamais vue depuis le retour de la démocratie en 1990, se poursuivent depuis plusieurs mois au Chili, en dépit d’une répression impliquant des violations systématiques des droits humains, desquelles s’inquiètent vivement la communauté internationale, les Nations unies, la Commission interaméricains des droits humains et de nombreuses autres entités internationales, dont la Mission québécoise et canadienne d’observation des droits humains. Pas moins de 5 délégations internationales, dont le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies se sont rendues au Chili et ont vivement interpellé le gouvernement au sujet des violations systématiques des droits humains commises contre les manifestants, le Chili contrevenant ainsi à ses plus élémentaires obligations internationales. La mission, québécoise et canadienne comptait d’ailleurs deux chercheurs de l’OVCD, Ricardo Peñafiel et Marie-Christine Doran, est partie au Chili du 18 au 27 janvier 2020 et a produit un Rapport final, disponible ici.  Ces manifestations sont directement liées aux attentes démocratiques d’une population qui a patienté 30 ans, en l’attente d’une véritable démocratie et de la fin du modèle néo-libéral. Elles mettent en cause les limites de la démocratie héritée de la transition, ainsi que la mémoire de la violence d’État et l’impunité pour les violations des droits humains passées et présentes. Circulant depuis 2005 [1], la revendication de l’assemblée constituante devient vite le cœur des grandes manifestations : remplacer la constitution de 1980, héritée de la dictature et n’ayant subi que des réformes cosmétiques après le retour de la démocratie en 1990, devient un enjeu central pour des centaines de milliers de manifestantEs. C’est donc la démocratie elle-même qui motive tout un horizon social de mouvements, organisations, citoyens rassemblés en assemblées de quartier, en performances artistiques populaires et ateliers de discussion improvisés. 80% de la population chilienne appuie les manifestations, montrant la vitalité et le désir d’approfondissement de la démocratie et confirmant une des hypothèses principales de la présente recherche.


This content has been updated on June 28, 2020.