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Équipe CRSH « Violence et démocratie : la criminalisation de la défense des droits en Amérique latine »

Observatoire Violences, criminalisation et démocratie-OVCD

Depuis 2009, l’Amérique latine est le continent le plus violent du monde. La persistance, voire même l’augmentation de la violence alors que le continent ne connaît plus de guerre, suscite l’attention et la préoccupation des citoyens, médias, dirigeants politiques, milieux d’affaire, organisations de droits humains et grand public en général au Canada et dans le monde entier. Cette violence est analysée surtout comme violence privatisée où s’entre-mêlent narcotrafic, gangs de rue (maras), féminicides. Pourtant, on assassine à chaque jour des défenseurEs des droits et de la démocratie en Amérique latine. Pourquoi ce continent est-il le plus létal, en particulier pour les femmes défenseures des droits, dans le monde entier?

La criminalisation de la défense des droits facilite la violence contre les citoyens par l’adoption de nouvelles législations ou de nouvelles interprétations législatives qui les considèrent comme des « ennemis ». D’abord étudiée autour des cas de défenseurs de l’environnement, des données récentes montrent que la criminalisation va néanmoins au-delà de ce groupe et cible des citoyens simplement parce qu’ils sont engagés pour la défense des droits et de la démocratie. Des milliers de journalistes et d’avocats qui documentent la criminalisation sont aussi emprisonnés ou éliminés.

Notre équipe subventionnée réalise l’étude comparée et multidisciplinaire de 6 pays aux systèmes et traditions politiques bien différents mais tous touchés par la criminalisation de la défense des droits : Chili, Colombie, Mexique, Guatemala, Brésil et Équateur. Pour mesurer l’ampleur et les formes diverses de la criminalisation dans ces pays, nos recherches se basent sur l’hypothèse commune selon laquelle la criminalisation de la défense  des droits est un problème lié à la démocratie elle-même. Face à la grande vitalité des luttes démocratiques en Amérique latine, nous avançons que la criminalisation signale une lutte pour le sens de la démocratie dans l’espace public latino-américain, soit une lutte entre des forces sociales qui promeuvent l’élargissement de la démocratie et des droits individuels, civils, politiques, mais aussi sociaux, économiques et culturels et des forces politiques qui, qu’elles se positionnent à droite ou à gauche du spectre politique, se basent sur la défense d’un monopole de la décision publique qui serait dévolu seulement aux élus et réagissent par une restriction de ces droits et de la démocratie elle-même, allant jusqu’à causer la mort des défenseurEs des droits.


Notre recherche, subventionnée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada-CRSH jusqu’en 2024, vise à mesurer l’étendue de la criminalisation et les multiples groupes touchés, ses causes et ses conséquences pour la démocratie, la sécurité et la paix. Elle vise à proposer des cadres législatifs et des politiques plus appropriés pour combattre la violence et protéger les droits humains, civils et politiques et la vitalité démocratique des populations dans la région en contribuant aux connaissances sur les causes de la violence actuelle. Notre recherche déploie ainsi une stratégie misant sur un solide dialogue et la mise en réseau d’acteurs de la communauté scientifique et de la société, les peuples autochtones et afro-descendants et les femmes -très touchés par la criminalisation- les organisations et les acteurs politiques et juridiques, et ce, au Canada, en Amérique latine et au niveau international.

Les conséquences de la criminalisation de la défense des droits se situent à deux niveaux principaux, que notre équipe étudie en perspective comparée :

1) Conséquences pour la consolidation de la démocratie et le respect des droits humains en Amérique latine puisque les citoyens les plus engagés envers la démocratie et les droits sont ciblés par la criminalisation, notamment les peuples autochtones visant une meilleure représentation et participation politique.

2) Conséquences pour la sécurité en Amérique latine, puisque le problème de la violence d’État se perpétue et les solutions préconisées semblent l’accentuer au lieu de le résoudre, de nouvelles formes de violence issues de la criminalisation tels les déplacements forcés de communautés ciblées étant en hausse.

L’Observatoire Violences, criminalisation et démocratie-OVCD constitue l’outil privilégié des chercheurEs de notre équipe pour rendre disponibles et accessibles les résultats ayant des impacts sociaux, politiques, juridiques et même environnementaux de notre recherche. Bien que cette dernière comporte un volet central de recherche terrain dans 6 pays et des stratégies de discussion des résultats avec les populations, la pandémie mondiale de COVID 19 nous force à attendre encore un peu avant de pouvoir commencer l’important volet de méthodologies multidisciplinaires qui seront utilisées pour démontrer notre hypothèse en perspective comparative.

Toutefois, l’Observatoire OVCD fournit dès maintenant des résultats de recherche montrant l’évolution constante des lois et mesures de criminalisation afin d’envisager des solutions adéquates. Nos recherchent visent aussi à mettre en lumière mais des luttes sociales et juridiques déployées par les populations criminalisées et menant parfois à d’importantes avancées ayant des impacts sociaux, politiques, juridiques et même environnementaux. Au moyen d’analyses actualisées régulièrement, facilement abordables pour le grand public et diffusées sur les médias sociaux, nos rubriques telles que le Baromètre de la criminalisation  permettent d’actualiser constamment de courtes analyses des divers spécialistes de notre équipe faisant le suivi, au jour le jour, des nouvelles lois qui restreignent les droits ou, au contraire, de nouveaux développements issus des luttes pour les droits et permettant leur avancée.


Pour répondre aux préoccupations de nombreux acteurs, les résultats de notre recherche visent des objectifs de libre accès et de diffusion la plus large possible, afin de permettre à différents publics cibles de comprendre et réagir plus efficacement aux nouvelles formes de violence et à la criminalisation de la défense des droits. Les résultats diffusés sur l’Observatoire OVCD  font ainsi avancer la recherche de pointe sur la sécurité, les conflits et les enjeux liés aux droits humains, notamment pour les populations autochtones et afro-descendantes ciblées; ils font avancer les connaissances sur les causes méconnues de l’impunité pénale en Amérique latine et ses graves conséquences pour la sécurité et la paix; ils montrent les dynamiques de violence qui criminalisent les défenseurs de l’environnement lorsque des sites sont convoités par les trafiquants avec la complaisance des États. Au niveau social et culturel, notre recherche permet de mettre en lumière les efforts des acteurs sociaux et politiques pour préserver et enrichir la démocratie et l’horizon des droits. Favorisant la compréhension de la vitalité démocratique des populations autochtones et afro-descendantes et leur engagement pour la paix, la recherche veut contribuer au pluralisme et respect des droits culturels.

Au plaisir de communiquer avec vous sur ce thème si important,

Marie-Christine, Ricardo, Luis, Karine, Martin et João, co-chercheurs de l’équipe

Camille, Virginie, Marie-Dominik et David, chercheurEs doctorantEs de l’équipe


This content has been updated on June 26, 2020.