Mexique

Bilan des violations des défenseurs des droits humains au Mexique : 2019-2020

Les violations commises par l’état mexicain envers les défenseurs des droits de l’Homme sont en diminution depuis l’arrivée au pouvoir d’Andrés Lopez Obrador[1]. Cette diminution s’enracine dans une stratégie de contrôle social à travers des programmes sociaux, désormais privilégiée par le gouvernement fédéral. Ce changement n’est cependant pas homogène sur l’ensemble du territoire national. Les états gouvernés par le PRI, le PAN ou par de puissantes familles (Chiapas) maintiennent une stratégie de contrôle social par la terreur[2]. À lui seul, l’état de Guerrero (PRI) représente 50 % de toutes les violations de droits de l’homme documentées (p. 103). Malgré cette diminution, 1921 actes de violations commises par l’État envers les défenseurs des droits de l’Homme ont été documentés du 1er juin 2019 au 31 mai 2020 : 249 détentions arbitraires, 9 exécutions extrajudiciaires, 4 disparitions forcées et 1659 autres violations [3](p.6).

Criminalisation par omission et par simulation

Le gouvernement fédéral perpétue l’impunité et la désarticulation de l’organisation populaire par ses politiques d’omission et de simulation. Sa politique d’omission se manifeste par la non-intervention dans les affaires des états au nom de l’autonomie et de la division des pouvoirs. Une telle politique est contraire aux traités internationaux sur les droits de l’Homme auxquels le Mexique a adhéré. Ces traités établissent que l’État est le principal garant de la protection des droits de l’Homme sur l’ensemble du territoire national. La politique de simulation se manifeste par :

  1. une rhétorique de banalisation du problème de violation des droits de l’Homme,
  2. la non-reconnaissance du caractère systématique et généralisé des disparitions forcées,
  3. le manque de volonté politique de libération des prisonniers politiques et,
  4. le refus de modifier les lois en matière de protection de droit de l’Homme.

Des violations en mutation

Les violations des défenseurs des droits de l’Homme sont en mutation. Les arrestations arbitraires de femmes sont en hausse. Elles représentent actuellement 50 % des victimes (p.63). Cette augmentation est possiblement causée par les mobilisations massives de défense des droits des femmes qui se sont déroulées durant la période analysée. Les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées sont en diminution. Elles sont à leur niveau le plus bas en 14 ans. Cette diminution est possiblement portée par l’indignation, nationale et internationale, de la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa, en 2014, et par la disparition d’Edmundo Reyes Amaa et Gabriel Alberto Cruz Sánchez dans l’État d’Oaxaca en 2007 (p.17). La défense du droit à la protestation est désormais le principal droit opprimé par les autorités, supplantant celui de la défense du territoire.

Une diminution temporaire

La diminution de la violation des défenseurs des droits de l’Homme s’estompera dans les prochains mois. Les effets socio-économiques et les mesures répressives de certains gouvernements d’états en réponse à la pandémie du COVID-19 en seront la cause. Ces politiques engendreront vraisemblablement des protestations politiques et donc, inévitablement, de la répression politique. Les stratégies politiques répressives du gouvernement fédéral se manifestent clairement à partir de la deuxième année de mandat (p.24). Les violations des droits de l’Homme devraient donc augmenter dans les prochaines années.


[1] Acción Urgente para Defensores de Derechos Humanos , ACUDDEH, Comité Cerezo, Defender los derechos humanos en Mexico , 1 juin 2019 au 31 mai 2020 , URL https://www.comitecerezo.org/spip.php?article3496&lang=es

[2] 97 % des violations des défenseurs des droits de l’Homme ont été commises dans des états gouvernés par ces groupes politiques.

[3] Agressions physiques, harcèlement, menaces.

Murale : © Gustavo Chávez Pavón

Ce contenu a été mis à jour le 17 février 2021.